Bon, je préviens, je vais choquer. Alors avant d’aller plus loin, réfléchissez bien, et ne venez pas vous plaindre ensuite. D’abord (j’en aurai pris des précautions pour vous épargner), je ne vais pas traiter d’un sujet habituel dans ce blog, je vais faire ce que je m’interdis habituellement, à savoir marcher des deux pieds dans la polémique.
Quelle mouche l’a piquée, la Hastoy ?
Elle a juste appris aujourd’hui que « Alain Ducasse se retire d’Ostape ». Non, je vous rassure, je ne suis jamais allée manger à Ostape et je ne pleure pas sur les 4 étoiles en moins à Bidarray. Simplement, je suis tombée sur cet encart de la presse nationale, qui commente « la décision du cuisinier, qui n’a pas réussi à se faire accepter dans la commune…gna gna gna… l’auberge avait été la cible de trois attentats ». Ok, ce n’est pas mon sujet, on est d’accords. Jean Chalvidant, le spécialiste du thème sur www.chalvidant.info commentera tout cela bien mieux que moi. En méticuleux, il va nous décrypter, analyser, et disséquer tout ça brillamment, avec l’objectivité de ceux qui ne sont pas « charnellement » impliqués, et ont toujours une vision plus légitime de fait. Moi aujourd’hui, je réagis avec mes tripes de Basque, ce sang qui revient palpiter violemment à mes tempes, pour me titiller le neurone. Et je vais vous surprendre, mais c’est bien aux Basques que je vais m’en prendre. Car c’est à eux que j’en veux. Pas spécialement en raison de la décision de Ducasse qui, ma foi, s’en sortira parfaitement sans leur bénédiction, et n’a pas attendu d’être installé à Bidarray pour faire ou parfaire sa renommée. Mais de façon générale, le petit vice chauvin du pays est étrange, et peu agréable à subir. C’est quoi cette manie de mal traiter les « siens » ? Que l’on m’explique, bon sang. Il y a le rejet épidermique envers certains chanteurs qui ont fait ceci ou cela, et qui n’ont plus correspondu à l’attente générale (je ne parlerais pas du scandale provoqué par les « rockeurs » de Sustraia, quand ils avaient écrits leurs premières chansons en français et s’étaient vus censurés par LEUR public), le refus d’acheter des produits « locaux » labellisés dès qu’ils ont osé s’exporter dans la « capitale ». Et je ne vous parle pas de la façon dont sont considérés les « écrivains », parce que là, ça dépasse tellement l’entendement que je m’y énerverai obligatoirement. Aujourd’hui Ducasse, mais des exemples, j’en aurais des dizaines à vous rapporter, mais on va encore me vilipender, et pourquoi pas me coller un procès.
C’est ça être Basque ?
En cette veille de Saint-Valentin, permettez-moi de rapporter ce sentiment à la fête des amoureux. Ne devrait-on pas apprendre à s’aimer un peu mieux ? A ouvrir la porte au lieu de fermer son cœur ? Le premier racisme est là, dans cette intolérance systématique et pardon, mais dictée par la bêtise avant tout. En ce qui me concerne, je le dis souvent : j’ai horreur d’avoir honte. En arrivant au Mexique, j’ai eu des réminiscences de la honte éprouvée quand, adolescente, l’on m’avait enseigné les ravages des conquistadors. Cela m’avait à l’époque rendue malade. Quelques années plus tard, je lisais « Le pull-over rouge » et l’affaire Ranucci m’empêchait de dormir pendant trois nuits, rongée de honte, à l’idée de faire partie de cette « populace » qui réclame des exécutions. En écrivant le « chêne de Guernica », j’étais malade de déshonneur devant nos silences persistants ; en rédigeant « les sorcières de Zugarramurdi », la honte m’emplissait comme un mauvais venin, pernicieuse. Mon éditeur de l’époque me disait : « Gracianne, vous ne pouvez pas tout réhabiliter ». Oui, mais voilà, je déteste avoir honte. Et là, ce soir, une fois de plus, j’ai un peu honte des miens. Pas trop, mais un peu, et c’est déjà trop. Et je vous jure que je n’aime pas ça du tout. Un peu d’intelligence et de discernement ne nuiraient pas. S’il vous plaît… Et si je vous dis cela, c’est parce que je vous aime vraiment beaucoup.
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Merci Kristof pour la jolie photo.