Allez, vous êtes trop mignons avec vos commentaires, je ne puis résister… Et puis, vous avez raison finalement, si ce blog peut être un espace où on vient se défouler, se changer les idées, réfléchir autrement, alors il perd son défaut de voyeurisme, et devient ce que nous recherchons tous, un espace de liberté, sans arrière-pensées, ou au contraire avec un milliard d’arrières pensées, bénéfiques. Et puis, juste au moment où j’envisage de vous lâcher, je tombe sur un article dont j’ai envie de vous parler. Un truc qui me poursuit depuis longtemps. J’ai, vous le savez, une vieille fascination pour ce qui a trait à l’Espagne. Notamment, il est un homme, dont je n’ai pas lu les ouvrages, mais dont je dévore souvent les éditoriaux, un grand monsieur, doux-dingue comme je les aime, confinant au philosophe. J’ai nommé Francisco Umbral. Un jour, à San-Sebastian, ville que j’adore parmi toutes les villes, alors que j’envisageais de tout lâcher pour l’écriture, il y eut comme un coup du destin, la silhouette d’Umbral croisée à l’Hôtel Londres. Je lorgnais sur les annonces immobilières (redescend sur terre, Hastoy, un T2 à Donostia, c’est 1500 euros par mois en simple location !), j’imaginais dans mon parfait délire un bureau, avec vue sur la Concha, dont les murs seraient couverts de livres. Je voyais ma vie. Le matin, promenade sur la plage. La journée, studieuse, parmi les bouquins et les mots glissant sur le papier. Le soir, petit tour dans le Casco Viejo. Avec l’écriture, vient chez moi le besoin de beaucoup m’amuser. On dirait que j’ai besoin de refaire de l’énergie, de me libérer de cette solitude intense. Donc, voilà à quoi je rêvais, sachant très bien que le rêve le resterait et ne serait jamais concrétisé par la moindre réalité. Finalement, c’est l’avantage de l’imaginaire. Il satisfait autant que la concrétisation.
Quand je remarquai, ou plutôt qu’on me signalât – je ne suis pas physionomiste pour deux sous, vous savez bien – que l’homme là-bas, assis seul, était Francisco Umbral. Je ne pourrai jamais vous retranscrire ce que j’ai ressenti. Cet homme dans sa solitude représentait tout ce que j’aurais voulu. Il était laid, si laid. Et seul, si seul. Pas que j’envie sa laideur, mais chez lui, elle conférait une sorte de noblesse isolée. Il s’ennuyait en sirotant ce qui me semblait être un whisky, les yeux perdus dans l’océan. J’ai oublié mes rêves et les ai transposés sur lui. J’imaginais qu’il venait ici, oublier ses heures devant la page, qu’il avait laissés ses chats un moment pour venir se noyer parmi les êtres, qu’il repartirait tout à l’heure pour écrire à nouveau. Il était ce que j’aurais voulu être. Je me trompais peut-être. Je me trompais sûrement. Je n’ai jamais oublié ce moment. Je n’arrive vraiment pas à vous le décrire. J’ai essayé de le dire aux gens : « j’ai croisé Francisco Umbral », mais je n’ai pas dit ce que j’avais vu en lui, alors les réponses étaient du genre : « qui ça ? » ou « ah, le vieux moche ! ». Et je lis ses mots aujourd’hui, et ils me marquent toujours de façon étonnante. Cet homme parle bien de l’écriture : « quien no sea capaz de forzar el lenguaje no puede ser buen escritor » (celui qui n’est pas capable de forcer le langage ne peut être un bon écrivain) ou « les démons de la littérature avec lesquels je suis né »…ou encore « je ne suis un professionnel que de moi-même ». C’est si vrai… Voilà, toujours aucun intérêt pour vous, mais puisque vous voulez que je m’exprime, je vous parle de ce qui me touche, et assurément la vilaine carcasse de Francisco Umbral et ses pensées de philosophe vieillissant en font partie…Alors, vous êtes certains de vouloir que je continue ? Réfléchissez bien…
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Merci Kristof pour la jolie photo.