Texte libre

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Lundi 26 février 2007

Allez, vous êtes trop mignons avec vos commentaires, je ne puis résister… Et puis, vous avez raison finalement, si ce blog peut être un espace où on vient se défouler, se changer les idées, réfléchir autrement, alors il perd son défaut de voyeurisme, et devient ce que nous recherchons tous, un espace de liberté, sans arrière-pensées, ou au contraire avec un milliard d’arrières pensées, bénéfiques. Et puis, juste au moment où j’envisage de vous lâcher, je tombe sur un article dont j’ai envie de vous parler. Un truc qui me poursuit depuis longtemps. J’ai, vous le savez, une vieille fascination pour ce qui a trait à l’Espagne. Notamment, il est un homme, dont je n’ai pas lu les ouvrages, mais dont je dévore souvent les éditoriaux, un grand monsieur, doux-dingue comme je les aime, confinant au philosophe. J’ai nommé Francisco Umbral. Un jour, à San-Sebastian, ville que j’adore parmi toutes les villes, alors que j’envisageais de tout lâcher pour l’écriture, il y eut comme un coup du destin, la silhouette d’Umbral croisée à l’Hôtel Londres. Je lorgnais sur les annonces immobilières (redescend sur terre, Hastoy, un T2 à Donostia, c’est 1500 euros par mois en simple location !), j’imaginais dans mon parfait délire un bureau, avec vue sur la Concha, dont les murs seraient couverts de livres. Je voyais ma vie. Le matin, promenade sur la plage. La journée, studieuse, parmi les bouquins et les mots glissant sur le papier. Le soir, petit tour dans le Casco Viejo. Avec l’écriture, vient chez moi le besoin de beaucoup m’amuser. On dirait que j’ai besoin de refaire de l’énergie, de me libérer de cette solitude intense. Donc, voilà à quoi je rêvais, sachant très bien que le rêve le resterait et ne serait jamais concrétisé par la moindre réalité. Finalement, c’est l’avantage de l’imaginaire. Il satisfait autant que la concrétisation.

Quand je remarquai, ou plutôt qu’on me signalât – je ne suis pas physionomiste pour deux sous, vous savez bien – que l’homme là-bas, assis seul, était Francisco Umbral. Je ne pourrai jamais vous retranscrire ce que j’ai ressenti. Cet homme dans sa solitude représentait tout ce que j’aurais voulu. Il était laid, si laid. Et seul, si seul. Pas que j’envie sa laideur, mais chez lui, elle conférait une sorte de noblesse isolée. Il s’ennuyait en sirotant ce qui me semblait être un whisky, les yeux perdus dans l’océan. J’ai oublié mes rêves et les ai transposés sur lui. J’imaginais qu’il venait ici, oublier ses heures devant la page, qu’il avait laissés ses chats un moment pour venir se noyer parmi les êtres, qu’il repartirait tout à l’heure pour écrire à nouveau. Il était ce que j’aurais voulu être. Je me trompais peut-être. Je me trompais sûrement. Je n’ai jamais oublié ce moment. Je n’arrive vraiment pas à vous le décrire. J’ai essayé de le dire aux gens : « j’ai croisé Francisco Umbral », mais je n’ai pas dit ce que j’avais vu en lui, alors les réponses étaient du genre : « qui ça ? » ou « ah, le vieux moche ! ». Et je lis ses mots aujourd’hui, et ils me marquent toujours de façon étonnante. Cet homme parle bien de l’écriture : « quien no sea capaz de forzar el lenguaje no puede ser buen escritor » (celui qui n’est pas capable de forcer le langage ne peut être un bon écrivain) ou « les démons de la littérature avec lesquels je suis né »…ou encore « je ne suis un professionnel que de moi-même ». C’est si vrai… Voilà, toujours aucun intérêt pour vous, mais puisque vous voulez que je m’exprime, je vous parle de ce qui me touche, et assurément la vilaine carcasse de Francisco Umbral et ses pensées de philosophe vieillissant en font partie…Alors, vous êtes certains de vouloir que je continue ? Réfléchissez bien…

Par Gracianne Hastoy - Publié dans : graciannehastoy
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Samedi 24 février 2007

Samedi. 13h30. Texto sur mon mobile. Et oh, c’est le week-end, qu’on me fiche la paix ! Et là, stupeur, je vous le recopie tel quel : « SMS INFO : Trop fort ! Tu sais qu’on peut localiser quelqu’un grâce à son mobile ? Il suffit d’avoir son numéro ! Espionne qui tu veux, envoie LOC au 82666 (1,50 euros + SMS) »

Déjà, il y a quelques mois la « Tom-Tom Tribu » m’avait un peu désarçonnée, puisque grâce au GPS, on peut désormais savoir où sont ses amis à n’importe quel moment. Cela tombe en outre au moment, où je m’aperçois que je reçois des Spams titré « graciella, intervw ». Or, ma boîte aux lettres s’appelle « Gracianne Hastoy », et la majeure partie des mails que j’envoie sont titrés « Interview presse – Urgent ». Donc, donc, donc… Nous sommes espionnés en permanence ! Comment cela, vous saviez déjà ? Mais la bonne blague, vous savez et vous ne bronchez pas ? Personne ne dit rien ? Cela rentre dans les mœurs ? Personnellement, je suis choquée. Choquée par le procédé, choquée par le fait que cela pénètre mon intimité sans mon accord, choquée enfin que cela devienne la norme.

Bah, j’ai certes autre chose à faire. Entre autres, réécrire mon livre sur les sorcières. Ben voui… cent fois sur le métier remettre son ouvrage… Mais je n’ai pas envie d’en parler. D’ailleurs, heureusement que je reçois des textos ahurissants, parce que sinon je me verrai bientôt dans l’obligation d’arrêter ce blog, faute d’infos. Perso, je ne puis m’exprimer parce que vous êtes trop nombreux à lire. En presse, pas bien de vous raconter des choses que vous n’avez pas à savoir, et qui « mettent en action » des gens connus ou pas. En écriture, guère mieux, il n’est pas bon que vous sachiez les aléas d’une cuisine interne. Résultat, les infos s’amaigrissent au fil des jours, et je me creuse le neurone pour savoir de quoi vous parler. Alors le débat va très vite s’ouvrir de l’utilité ou pas de continuer ce blog. Quand je vous dis que je fais du ménage dans ma vie…

Par Gracianne Hastoy - Publié dans : graciannehastoy
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Mercredi 21 février 2007

Une fois n’est pas coutume, je vais faire appel à vos savoirs éparpillés. En fait, hier soir, j’ai repris mon roman en cours, et je m’aperçois que, malgré ce que je pêche à droite, à gauche, je manque cruellement d’infos sur a) la machine judiciaire (notamment l’accusation de complicité de meurtre) et b) les conditions de vie carcérale au quotidien. Si l’un d’entre vous a des infos sur ces sujets, je suis preneuse. L’adorable Jacques qui nous fait parfois profiter ici de ses commentaires lumineux m’a bien aidée, il y a quelques mois, mais j’ai encore de soucis de « forme ».

En fait, je me voile la face, parce que ce qui me manque surtout c’est l’énergie et le temps pour m’y remettre. Comment font les autres ? Je n’arrive pas à faire plusieurs choses à la fois, à savoir qu’après une journée de presse, j’ai beaucoup de mal à encore avoir des forces pour me consacrer à l’écriture. Habituellement, je fragmente le temps en journées : celle-ci pour les interviews ou la presse, cette autre pour mon roman. J’ai bien réussi à le faire pour le roman des sorcières, mais là, ça doit être le stress juste avant la sortie du magazine, je suis éreintée. Et puis il est clair que la donne a changé. Parce que l’essentiel de mon revenu n’étant pas fourni par les romans, évidemment, je me presse moins à les écrire. Et puis, comme je vous l’ai dit l’autre jour, du coup, je ne veux plus écrire sans contrat. Mais là, je suis ennuyée, parce que ce bouquin dont je vous parle là-haut me tient à cœur, et qu’en fait, l’écrire librement et le proposer ensuite à un éditeur me tente bien. J’ai visé haut en qualité d’écriture, en tenue, en histoire, et je me dis que ce serait bien le Diable s’il n’y avait pas un bon éditeur tenté par sa publication. En fait, je déplore un peu que le système à l’américaine ne marche pas mieux que ça en France. Ce que c’est ? Envoyer un, deux ou trois chapitres à un éditeur, et au vu de cela, si le concept lui plaît, il vous signe un contrat. Mais si, officiellement, ça fonctionne, j’ai remarqué qu’au concret, rares sont les maisons d’éditions à le pratiquer, hormis quand elles connaissent l’auteur personnellement. Bah, c’est toujours galère, mais de cela j’ai longuement parlé dans le « Règlement de Comptes d’Auteur » et ces décalages permanents entre EUX et nous me paraissent pénibles. Et puis il n’y a pas, je ne sais pas y faire. J’ai horreur d’aller me vendre, de taper à leur porte, de sourire et de vendre ma prose comme je ferais la promotion d’un rôti de veau Ca m’est tout bonnement impossible. J’aime bien quand ça tombe du ciel, et là-dessus, ça ne m’est arrivé qu’une fois : pour le bouquin jeunesse des sorcières.

Vous savez à quoi je pensais aujourd’hui ? Ca va vous paraître fou, mais je pensais à J.K.Rowling, l’auteur de Harry Potter. Je me disais qu’elle devait vivre de drôles de moments. Sept ans qu’elle vit avec, dans, sur ce livre, sur ces personnages, et là, se profile le mot fin et certainement un incommensurable vide derrière pour elle. J’aimerais bien savoir comment elle gère la chose. Est-ce qu’elle va foncer tête baissée dans un thème différent, pour exorciser sa rupture ? Est-ce qu’elle va se reposer et faire le vide ? Est-ce qu’elle va souffrir, être libérée, s’éclater et se prendre 18 cuites d’affilée ? Peut-être que si elle est aussi grande que je le crois, elle ne va rien ressentir du tout, et apposer son mot « fin » sans l’ombre d’un état d’âme. Ah, je vous jure, c’est du temps perdu, mais voilà les questions que je me pose. Je sais, c’est digne d’une nana qui n’a rien d’autre à foutre, mais je vous jure que ce n’est pas le cas pourtant.  

Par Gracianne Hastoy - Publié dans : graciannehastoy
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Dimanche 18 février 2007

Une fois par an, il y a la journée un peu particulière des Poésiades. Je n’en parle pas souvent, et pourtant, c’est un événement qui finit par compter. Hey, arrêtez de vous bidonner, je suis présidente du Jury hein. Et si je ne compte pas épiloguer sur le sujet car certains comportements m’ont agacée, en revanche je ne résiste pas au plaisir d’adresser un coucou à l’adorable Virginie de Bidart qui a été mon rayon de soleil de la journée, avec son enthousiasme gentil. Magaly, je crois que tu as une recrue de plus pour le club de mes fans, rires ! Franchement, c’est le genre de choses qui, comme les petites phrases dont je parlais l’autre jour, tombe toujours au moment où l’on en a le plus besoin. Quand on est au creux de la vague littéraire, il y a toujours cette exclamation joyeuse qui jaillit du cœur : « oh, c’est vous Gracianne Hastoy, j’adore ce que vous faites ». Vroum, vroum, c’est bête hein, mais ça remet le moteur en marche. Alors merci Virginie, voilà.

Sinon, dimanche calme, avec toujours beaucoup, beaucoup de travail en presse. Et puis le manuscrit des sorcières qui est enfin relu et que je compte envoyer à l’éditeur demain, dès que j’aurai trouvé une grande enveloppe. Ca va être la sale période qui va démarrer. Celle de l’attente fébrile. Celle du « j’aurais pas dû écrire ça, ah là, j’ai oublié de dire ça, oh c’est nul ce que j’ai fait ». Le doute le plus extrême, celui qui dévore, qui ronge. Et d’un coup, d’un seul, on tombe dans une étrange apathie. Incapable de démarrer autre chose tant que ce verdict là n’est pas tombé. C’est vraiment un peu comme si vous attendiez le diagnostic d’un médecin qui allait vous annoncer un truc super grave. Alors la vie s’arrête, en suspens. Moi je me suis déjà surprise à « relire » mon manuscrit, en imaginant que l’éditeur en est à telle ou telle page. C’est d’un masochiste comme procédé, vous ne pouvez pas savoir. Chaque fois, je me dis que je ne le referai plus. Chaque fois, je me laisse prendre au méchant jeu. Après, une fois que c’est bouclé, ça va, je m’en fiche. On peut me faire reprendre mon texte (je râle, ne croyez pas, et fais mon couplet de l’auteur incomprise, s’entend) mais sur le fond, je sais que le bouquin va exister, alors ça passe plutôt bien. Non, non, c’est vraiment l’attente qui m’est douloureuse. Et pourtant, il faut bien en passer par là…

Par Gracianne Hastoy - Publié dans : graciannehastoy
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Samedi 17 février 2007

Super soirée qui tombait à pic après une semaine chargée pour le moins. Vraiment, je me suis régalée, dans tous les sens du terme. La discussion avec Pierre sur Ducasse et Bidarray m’a fait un peu revoir ma position, en m’obligeant à comprendre les motivations des « locaux ». Il fait toujours bon prendre toutes les avis, et passer de l’autre côté du « miroir ». C’est quelque chose que j’ai beaucoup développé avec l’écriture. Je me souviens de mon premier cours de journalisme, il y a bien longtemps, où l’on m’avait appris la nécessité « d’entrer dans le paysage de l’autre ». Cette phrase m’avait beaucoup marquée. Pour deux raisons simples : primo, parce qu’elle m’avait fait réfléchir à la façon d’y parvenir, deuxio parce que je l’avais trouvée joliment formulée. Entrer dans le paysage de l’autre, c’est tellement évocateur. Cela rejoint ce proverbe indien que j’aime tant, et que je ne saurais vous restituer intégralement, mais qui dit sensiblement ceci : « avant de me juger, fais donc dix kilomètres dans mes mocassins ». Moi qui n’aime guère les proverbes ou autres dictons, il y en a pourtant certains que j’affectionne tout particulièrement. Ainsi, ce kwan asiatique qui dit : « quand tu as été mordu par un serpent, tu as peur, même d’un morceau de bois ». Et puis ma préférée, celle qui a guidé ma vie depuis de nombreuses années, mais que je ne sais pas à qui attribuer : « les gens blessés sont dangereux : ils savent qu’ils peuvent survivre ». C’est un peu marrant, parce que, des fois, dans la vie, vous lisez une phrase au moment où vous avez besoin de l’entendre. Ou alors, est-ce la situation vécue qui fait que l’on reçoit la phrase avec plus d’intensité ? Je l’ignore. Mais si je ne me souviens pas de qui écrivit cette sentence sur les gens blessés, je sais parfaitement resituer le moment où je l’ai reçue en pleine figure. C’était un jour, après un gros chamboulement de ma vie, j’étais assise dans mon fauteuil de Chipie (Chipie était ma chienne labrit adorée, et avait accaparé un délicieux fauteuil, qui n’avait qu’un défaut : être d’un délicieux jaune coquille, du plus exquis fragile), et je lisais un livre dont la phrase d’introduction était celle que je viens de vous énoncer. Je me souviens encore l’avoir lue, et relue, plusieurs fois, sans parvenir à passer à la page suivante, persuadée de recevoir un espèce de message divin (on m’a dit un jour qu’on ne dit jamais « un espèce » mais « une espèce », cela ne cesse toutefois de me choquer, et au risque de me répéter, j’écris ce que je veux dans mon blog). Té, vous savez quoi, je vais arrêter, parce que le cidre basque me fait dire un tas d’âneries que je vais probablement renier demain. Si je poste ce message maintenant, je ne pourrai pas revenir dessus, je crois que c’est mieux ainsi. Vous ne croyez pas ?

Par Gracianne Hastoy - Publié dans : graciannehastoy
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