Texte libre

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Vendredi 4 mai 2007

Tout me coûte, c’est terrible… J’ai l’impression d’être vide, et de devoir faire un effort surhumain pour la moindre réflexion. Hier, les réunions se sont enchaînées et je devais déployer des trésors d’énergie pour me concentrer et ne pas m’endormir, là, devant eux. Au volant de la voiture, pareil, j’ai dû mettre la musique à fond (devinez ? le dernier Quijano, pardi) pour m’éviter de m’endormir. Et comme de bien entendu, quand vient l’heure logique d’aller me coucher, je n’ai plus sommeil du tout. Donc j’avance tous mes dossiers, je bosse, je rédige le billet d’humeur du mois prochain (surprise ! vous n’avez qu’à aller les lire sur www.signepa.com pour avoir la primeur, c’est la dernière page du magazine), j’essaie de compenser l’inévitable « coulage de réveil » qui va m’arriver demain matin, enfin hum, tout à l’heure… Ah si, une nouvelle : vous savez que Sophie Kinsella me fait beaucoup rire. Son « accro au shopping » était extra, et je vous avais dit, il y a quelques mois, que j’étais tombée sur un de ses premiers livres « Les petits secrets d’Emma » qui était vraiment excellent. Or, voilà que je tombe (sans me faire mal) hier sur un bouquin signé : « Madeleine Wickam alias Sophie Kinsella », « Un week-end entre amis ». Notez au passage que pour le pseudonyme, elle a bien fait, parce que Madeleine, c’est d’un glamour littéraire tout relatif… Voyez Chapsal les merdes qu’elle pond, ça doit être à cause du prénom ! Donc, dans mes insomnies du moment, j’ai commencé à lire le tout premier, premier Kinsella. Ben, c’est d’un laborieux, mes amis, qui redonne espoir à l’écrivain découragé que je suis ! Et vas-y qu’on se mélange dans tous les prénoms, que les phrases sont lourdes, que c’est mal amené. Un vrai bonheur ! Non c’est vrai quoi… Autant en période de confiance extrême en moi (jamais, soyons clairs !), je critiquerais, autant là, ça te me regonfle le moral (exagère pas, Hastoy, tout de même), bou diou ! Bon donc, un jour j’écrirai un très bon roman, et vous serez priés de dire que, déjà très jeune, lors de mes premiers pensums, j’avais déjà un immense talent. Merci d’avance. Ce qui me fait penser que, primo, ma compil des billets d’humeur sort bientôt (réservez vos exemplaires, 10 euros je ne vous ruine pas !), deuxio qu’il faudrait que je m’affole de placer « une vie plus loin » parce que ça m’angoisse, ce livre (excellent on a dit !) qui dort dans un tiroir. Ah bon, je vous l’avais déjà dit ? Non, mais c’est juste au cas où un Galligrasseuil passe par ce blog… C’est beau de rêver... Hey, je plaisante hein avec le titre, j'aime pas les éditeurs ! Ca aussi, vous saviez ? Bon je vais me coucher alors...

Par Gracianne Hastoy - Publié dans : graciannehastoy
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Mardi 1 mai 2007

Prendre une Hastoy moralement hors-circuit, la mettre dans une voiture, la laisser mijoter deux jours à Madrid, et la remettre au boulot, et vous obtiendrez une recette délicieuse, fraîche, à recommencer souvent. OUF, ainsi pourrait se résumer ma petite escapade d’avant premier mai. Ca fait du bien. Alors qu’est-ce que je rapporte dans mes valises (pas celles sous les yeux, les autres !) ? Ben d’abord le dernier album de Quijano, mon groupe préféré outre-frontière. Mais quand je dis « groupe », je parle de feu « Café Quijano » dissous dans les limbes du Top 50 espagnol, et dois maintenant parler, pour être exacte, de « Miguel Quijano ». Le dernier tube, car c’en sera un assurément s’intitule « Magdalena », et je l’ai tellement passé en boucle ces heures passées que je puis vous fredonner le refrain… Non ? Bon, tant pis, vous ne savez pas de quoi vous vous privez… Sinon, entre des moments délicieux, une température fraîche mais agréable, des tapas à se damner, et des « calamares riquissimos », une petite déconvenue : que sont devenus les Espagnol(e)s ? Il y a vingt ans, je passais la frontière, uniquement pour me régaler les yeux. Les hommes étaient beaux, ténébreux, et les femmes vous collaient des crises de jalousie à ne pas vous en remettre. Et là, vingt ans de modernité et d’huile d’olive ont eu raison d’un peuple. J’exagère à peine. Passons sur cet espèce d’enlaidissement culturel et généralisé que constitue le massacre au piercing et au tatouage. Si encore c’étaient de superbes top-models qui se trouaient la peau, mais non, toujours (ou presque) des moches, déjà boutonneux, qui ont l’air de raffoler de cette acnée artificielle. Mais passons, c’est la mode, je suis vieux jeu. Si l’on y rajoute toutefois le cheveu long et gras, les fesses plombées à l’huile d’olive et qui n’ont pas arpenté la moindre ruelle à pied depuis des mois, les vêtements version « cacatoès », les chaussures sans talon et avachies à l’instar de la silhouette, le regard torve, et vous obtiendrez un reflet à peine exagéré de la nouvelle jeunesse espagnole. Effarant ! Et tout cela constaté en centre ville, dans l’équivalent de nos « Champs-Elysées », donc là où, a priori, le chic prévaut un tant soit peu. Une promenade dans le « Rastro », quartier populaire, achève tout espoir ! A l’heure où l’on nous culpabilise à mort sur le poids, la mode et tout le toutim, il faut croire que les espagnols regardent les Télétubbies en boucle au lieu de se ruer sur les magazines « tendance ». Et si, comme je le crois, nous sommes le reflet de notre âme, alors là, je m’autorise une petite inquiétude… Quant aux culpabilités de nos adolescences d’antan, là-aussi, un monde est passé. Celui-là, tant mieux d’ailleurs ! Parce que tous ces jeunes gens ont l’air de trouver très sexy d’exhiber leur « michelines » latéraux, leurs vergetures naissantes et autres amas graisseux. J’admets, j’adhère à la déculpabilisation, soyons clairs, mais il n’empêche : je ne m’y fais pas. Hormis ces détails, c’est un pays délicieux, et je l’aime toujours autant, n’allez pas croire. J’y suis chez moi, s’entend, mais j’ai un peu ce regard critique que l’on a parfois avec les siens, vous savez, celui qu’on ne supporte pas quand il vient de quelqu’un d’autre, d’un étranger, mais qu’on s’autorise en privé… Et ici, avec vous, je suis en privé, non ?

Par Gracianne Hastoy - Publié dans : graciannehastoy
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Vendredi 20 avril 2007

Zou, je récupère doucement mais sûrement… Si vous comptiez cependant sur moi pour vous parler des élections à venir, c’était mal me connaître. En revanche, il y a un sujet que je me tourne et retourne dans la tétougne depuis plusieurs jours, et je vais enfin pousser mon coup de gueule. Lecteurs abonnés (et vous êtes nombreux !) du conseil général des Hautes-Pyrénées, détournez le regard un instant je vous prie…J’ai été, dans une autre vie, employée par cet honorable organisme de la fonction publique territoriale. C’était il y a longtemps, me semble-t-il. Or, il y a quelques temps de cela, je reçois un mail d’un ancien collègue qui me tient informée des pratiques sur place, depuis mon départ, mais depuis surtout la mise en place de l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Je le lis et me dis-je en mon for intérieur « il exagère, c’est impossible », mais par acquit de conscience, je vérifie auprès de quelques sources, sur place. Et là, la nouvelle tombe : non, il n’a pas exagéré.

Alors je vais juste, le plus froidement possible, vous exposer les faits : ce conseil général (de gauche, mes amis, de gauche !) a décrété qu’il était interdit de fumer dans les locaux, certes, mais que si l’on surprenait qui que ce soit à fumer dehors pendant les heures de travail, il aurait immédiatement un avertissement. Bon, déjà là, ça commence à être limite-limite comme aménagement, mais passons… Je m’oserais bien à penser qu’entre une conversation d’une heure dans les couloirs – allégrement tolérée – et cinq minutes de pause-clopes dehors, le moins productif des agents n’est pas celui qu’on punit, mais bon… Donc, si vous cherchez les fumeurs, dirigez-vous vers le parking, à deux cents mètres, et non, ce n’est pas un incendie qui couve, mais tous les « clopards » qui ont « oublié un truc à la voiture ». Pardi. Le fumeur est traqué, détraqué, mais pas con. Mais jusque là, c’est de la douce rigolade mon affaire. Et vas-y que miss Marlboro se propose désormais d’aller porter le courrier (il faut traverser la rue, c’est toujours ça de crapoté !), et que miss Camel va à toutes les réunions possibles et inimaginables, parce que ça lui donne le temps d’en griller une en route. Toujours léger. Débile, infantilisant, mais de bon aloi. Mais là où mon sang n’a fait qu’un tour, c’est en apprenant qu’une « police de délation volontaire » avait été créée. Je n’arrive toujours pas à le croire, même si on me le confirme et re-confirme de toutes parts. Et le ridicule qui devait arriver arriva. L’autre jour, une employée du conseil général qui avait dépointé et attendait gentiment son mari en fumant sa clope, a été dénoncée par une de ses collègues ! Elle était devant le bâtiment. Donc dehors. Et aussi en dehors de ses heures de dévotion à la sainte administration. C’est pas beau, ça, messieurs-dames ? Perso, j’en perds mon latin, mon basque, mon béarnais, et tout le reste. Et dire que tout ce petit monde compte me donner des leçons de démocratie, et de compréhension sociale… Bla-bla-bla.

Par Gracianne Hastoy - Publié dans : graciannehastoy
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Mardi 10 avril 2007

Non, je ne suis toujours pas morte, encore que pour ceux qui me feraient brûler en enfer, réjouissez-vous, il s’en est fallu de peu… Donc, après un bref séjour au paradis des blouses blanches, me revoici, presque en forme. Et que vois-je ? On prépare activement les 70 ans de commémoration de Guernica. Je vous entends d’ici : « Alors Gracianne, tu dois être très sollicitée ? ». Que nenni, non, point du tout, taratata, peau de balle, nicht, nada, nothing. Et quand j’ose dire que les journaleux du coin ne m’aiment pas, et me censurent, je vais même mettre de l’eau à mon propre moulin. L’autre jour, une « journaleuse » est venue à la soirée d’Abbadia, et nous a interviewé sur la nouvelle formule de Signé Pyrénées-Atlantiques. Plus de 15 jours après, je puis bien l’affirmer, il y a eu censure. Et je n’ai pas besoin de beaucoup me torturer le neurone pour trouver une explication rationnelle. « Qui ça la rédac chef ? Hastoy ? Non, non, vous me collez ça à la poubelle ». Non, mais vous les verriez, c’en est risible. Et vas-y que je te sors des auteurs de n’importe où qui viennent de pondre des opuscules en deux mois sur Guernica, et vas-y que je te leur colle des pleines pages dans Sud-Ouest ou la Semaine du Pays basque. Le Biltzar de Sare hier n’avait que le mot de Guernica à la bouche, dixit la presse aujourd’hui, parce que je n’ai pas daigné y mettre une once de petit orteil du pouce gauche. Franchement ? Ca me fait marrer. D’abord, parce que j’ai un petit orgueil personnel et justifié : je sais ce que j’ai fait sur Guernica, et personne, je dis bien personne, ne pourra l’égaler en termes de recherches et de travail, voire d’investissement personnel. Deuxio, je n’ai pas besoin des 70 ans pour commémorer Guernica. Chaque année, le 26 avril est pour moi un jour particulier, un jour étrange, pas comme les autres, un jour où je pense à l’Histoire, et aux hommes. N’allez pas croire – et c’est peut-être ce qui dérange -, je ne pense pas à ceux qui ont eu tort ou raison, aux gagnants ou aux perdants, non ! Je pense juste à ceux qui l’ont vécu, de quelque bord qu’ils soient, à ceux qui ont souffert, à ceux qui ont eu peur, et y ont perdu un morceau de leur vie. J’avais au cœur un hommage à leur rendre, et je l’ai fait en écrivant « le chêne de Guernica ». Point. Je n’ai rien d’autre à dire dans la vie que ce que je jette dans mes bouquins. Quelque part, ça m’arrange même ces bouderies de la presse. Parce qu’à l’époque – comprendre quand je n’étais pas encore une paria -, leurs questions m’agaçaient plus qu’autre chose : « pourquoi avoir écrit sur ce sujet ? » (ah bon, il faut une justification particulière pour écrire des romans ?), « votre grand-père était-il un républicain ? » (non, pas du tout ! il a fait la guerre 39… Ah ça ne vous intéresse pas ? Mais il était prison… Ok, ok, ça ne vous intéresse pas), « avez-vous une raison singulière pour écrire ce livre ? » (la raison et la justification que tous les êtres humains devraient avoir face à l’injustice, non ?), mais apparemment toutes mes bonnes raisons n’étaient pas suffisantes. Alors qu’ils continuent donc de remplir leurs pages d’encre volatile, et me laissent à mes pensées, et à mon souvenir. A mon intime conviction aussi. Et que le 26 avril passe vite… pour qu’ils parlent enfin des sujets sur lesquels ils sont compétents : le pétage de plomb de Britney Spears, les tapageuses élections présidentielles, et toute les conneries qui remplissent nos colonnes de journaux.

Je sais, vous auriez préféré que j’y reste finalement… Moi aussi, des fois…
Par Gracianne Hastoy - Publié dans : graciannehastoy
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Mercredi 28 mars 2007

Il y a des gens qui détestent corner les livres. C’est à leurs yeux un acte de profanation gravissime. Ils vous toisent d’un air supérieur, et assènent, horrifiés : « enfin, ça se respecte un livre, un peu de soin que diable, et puis il y a de si jolis marque-pages »… J’avoue, j’ai honte. Parce que depuis toute petite, j’adore à la fois corner les livres, et lire des livres cornés. Je me souviens que, lorsque je piquais un livre à mon père, mon grand jeu était de voir où il s’était arrêté et où il avait repris, en suivant les « écornures ». Il m’arrivait parfois de jouer pendant de longues minutes à chercher la phrase précise où il avait bien pu s’arrêter. Et souvent, j’essayais de greffer mon rythme de lecture sur le sien. C’est fou ce que l’on apprend d’un livre corné. On sait par exemple identifier les soirs de fatigue du lecteur (trois pages cornées à la suite), ou les longueurs du texte (la même corne, trois fois sur la même page, à des angles différents). On sait aussi quand c’est passionnant : 50 pages sans une seule corne. Les cornes d’un livre sont sa respiration, en somme. Il y a aussi les habitudes de l’écorneur. Un livre lu par plusieurs personnes sera parfois corné en haut, à gauche, ou en haut à droite, ou en bas à gauche, ou en bas à droite. Quatre possibilités. Personnellement, je corne toujours en haut, à droite. Il y a le méticuleux qui corne du côté où il a fini sa lecture. C’est assez intelligent pour s’y retrouver le lendemain, mais je ne sais pas faire – mon côté blonde, certainement. Là où je suis étrange dans ma relation au livre, c’est que je ne tolère pas deux choses : primo, qu’on écrive sur un livre, même au crayon à papier, même si c’est un support de travail. J’ai déjà recopié dix pages d’un livre sur mon ordinateur, de façon à être sûre de ne pas écrire sur « l’original ». Je sais, c’est dingue. Deuxio, je suis physiologiquement incapable de lire aux toilettes. Ce n’est pas l’endroit des mots. Mais attention, ce n’est pas un interdit que je me suis fixée en grandissant, ou un truc comme ça. Non, même gosse, je ne lisais pas aux toilettes, où pourtant mon frangin ou mon père disséminaient leurs bouquins. Pas même une BD… J’ai essayé de faire « genre », de coller mes Astérix aux toilettes, ben non, ça me tourne les sangs, impossible ! Un psy analyserait certainement cela mieux que moi, mais bon… En fait, c’était juste pour vous faire partager deux, trois petites manies personnelles, et manière aussi que cela suscite en vous le besoin d’auto-analyser votre relation intime au livre. Si ça marche, et que vous vous êtes « regardés » en tant que lecteur, je n’aurais pas écrit ce blog pour rien. Bonne nuit…

Par Gracianne Hastoy - Publié dans : graciannehastoy
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