Ah, les vertus du verbe « croiver » ! Comment ça, ce verbe n’existe pas ? Ah ben si, preuve à l’appui. Regardez tous les gens qui sont interrogés à la télé et qui répondent, sûrs d’eux : « ils me croivent pas ». Siiii, écoutez bien, je vous assure. Je passe sur la suppression intempestive du « ne », car on va me taxer d’élitisme aggravé, tare impardonnable dans notre société. Il y a aussi, et c’est plus grave car plus généralement répandu, le sempiternel : « j’ai été à Pau hier ». Non ! Avoir été, je crois pas que ce soit bon. S’il vous plait, un effort : je suis allé à Pau, sera mieux. C’est un coup à prendre, je vous jure, parce qu’en fait, c’est un petit « particularisme local » que l’on peut perdre rapidement. Il y a aussi les « mauvaises » associations : « ça risque de marcher pour lui ». Non ! « Ca a des chances de marcher pour lui », et « ça risque de ne pas marcher ». Je passerais sur l’incontournable « moi, personnellement », qui me fait hurler, et la liaison sur les « quatre » événements… prononcé « quatre z’événements » même chez nos plus grands journalistes. Et la nouvelle déviance à la mode, c’est « au niveau de » qui ne signifie rien. « Au niveau de la salle de bains, on a prévu de… » Remplacez par « en ce qui concerne la salle de bains », et ce sera plus… à niveau. Pitié, pitié, il faut se ressaisir, et rapidement, car si tous, nous faisons un effort personnel pour parler un meilleur français, alors le phénomène sera collectif. Ce n’est pas une rigueur d’institutrice frustrée, ce n’est pas « démodé », c’est juste pour sauver notre propre langue. A l’heure du langage SMS qui fait des ravages, alors que nos jeunes sont persuadés que « qu’est-ce que tu fais ce soir », s’écrit : « keske tu fé… », il est de notre responsabilité d’être un tantinet plus vigilants. Je ne dis pas, il m’arrive de faire des erreurs, mais à chaque fois, j’en suis mortifiée, et j’essaie d’améliorer. Tiens, vous voulez que je vous fasse partager mes « mauvaises prononciations » ? Eh bien, je dis « Auxerre » au lieu de « Ausserre », et je dis « cambrouze » au lieu de « cambrousse ». Je veux bien que, là-aussi, il s’agisse d’un particularisme géographique, mais je promets de faire des efforts. A vous, maintenant…
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Merci Kristof pour la jolie photo.